LEUR SILENCE NE DOIT PAS ÉTEINDRE NOTRE HUMANITÉ

Au nom d’Allah le Clément le Miséricordieux

À mes frères et sœurs d’Afrique qui s’interrogent avec douleur :

Pourquoi nos cœurs se soulèvent-ils lorsque la guerre frappe un peuple arabe, tandis que tant de voix arabes semblent absentes lorsque les massacres djihadistes endeuillent les terres africaines ?

Cette interrogation est légitime. Cette blessure mérite d’être entendue. Mais le silence des autres, aussi douloureux soit-il, ne doit jamais devenir notre école.

Peut-être que ce que certains appellent notre faiblesse est, en réalité, notre plus grande force : celle de continuer à reconnaître l’innocent, même lorsque les siens n’ont pas su reconnaître nos morts.

Compatir seulement lorsque l’autre nous ressemble ou lorsqu’il nous rendra un jour notre compassion, ce n’est plus tout à fait de l’humanité : c’est un échange. La véritable noblesse commence lorsque nous refusons de mesurer la valeur d’une larme selon la couleur de la peau, la langue, la nationalité ou l’origine.

Allah nous avertit :

« Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injuste. Soyez justes, cela est plus proche de la piété. »

Coran, sourate Al-Mâ’idah, 5:8

Ce verset ne nous demande pas d’oublier l’indifférence dont l’Afrique peut souffrir. Il nous interdit simplement d’utiliser cette indifférence comme une permission de devenir nous-mêmes indifférents.

Pleurer un enfant arabe alors qu’une partie du monde arabe n’a pas pleuré les enfants africains ne nous diminue pas. Cela signifie que nous refusons de laisser l’injustice déformer notre cœur.

Sommes-nous pour autant « plus musulmans » ? Aucun peuple ne possède l’islam par son sang, sa langue ou sa géographie. Mais dans l’instant où une personne défend un innocent qu’elle ne connaît pas, tandis qu’une autre détourne les yeux, la première peut être plus fidèle à l’exigence islamique de justice et de miséricorde. Non par son origine, mais par son comportement.

Le Prophète ﷺ a enseigné que celui qui voit un mal doit le combattre selon ses capacités : par son action, par sa parole ou, s’il ne peut rien faire d’autre, par son cœur :

« Qu’il le désapprouve dans son cœur, et c’est là le plus faible degré de la foi. »

Sahih Muslim, hadith

Ainsi, s’émouvoir, parler, dénoncer et porter la souffrance d’un peuple dans sa conscience ne sont pas des signes de faiblesse. Ce sont encore des manifestations de la foi.

Le Coran raconte que les transgresseurs du Sabbat furent changés en singes méprisés, et il évoque ailleurs ceux qui furent frappés par la colère divine et changés en singes et en porcs. Ces récits ne nous autorisent pas à comparer les peuples actuels à des animaux. Ils constituent un avertissement : lorsque l’être humain franchit toutes les limites morales et finit par s’accommoder du mal, il risque d’abord de perdre intérieurement ce qui faisait sa dignité.

À nos frères arabes dont la conscience demeure silencieuse lorsque l’Afrique souffre, nous n’adressons ni insulte ni condamnation collective. Nous adressons seulement ce rappel :

Le sang africain n’est pas moins sacré. La mère africaine ne pleure pas moins profondément. L’enfant africain terrorisé n’est pas moins innocent. La fraternité musulmane ne peut pas commencer en Palestine et s’arrêter aux frontières du Sahel.

Et à nos frères africains, je dis humblement : n’ayons jamais honte de notre compassion. Réclamons la justice, la reconnaissance et la réciprocité, mais ne guérissons pas le silence par un autre silence.

Peut-être que notre plus grande dignité réside précisément ici : avoir été parfois abandonnés, sans devenir à notre tour ceux qui abandonnent.

Notre humanité n’est pas une dette que les autres doivent d’abord mériter. Lorsqu’elle se tient du côté de l’innocent et de la justice, elle devient une noblesse, une force et, par la permission d’Allah, un acte de foi.

Nourdine Gildas HOUNKPATIN

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